On parle beaucoup de puceaux autour de moi en ce moment depuis que les membres du forum 18/25 ont lancé leur dernière campagne d’harcèlement misogyne. Alors forcément, le terme “puceausphère” j’ai trouvé ça rigolo, et je n’ai aucune envie de défendre l’honneur de ce genre de mecs. En tant qu’expert de la virginité masculine, j’ai quand même ressenti le besoin de remettre quelques trucs au clair.

Le mouvement féministe a assez largement démonté le mythe de la virginité féminine, parce qu’il y a beaucoup de choses à dire sur la façon dont ce concept est utilisé pour opprimer les femmes. Côté masculin, ce serait pas mal qu’on réfléchisse un peu aussi à ce qu’on met dans l’appellation “puceau” avant de l’utiliser comme une insulte. Pas parce que je veux dire “not all puceaux”, mais parce que je trouve un peu nauséabonde cette façon de mesurer la valeur d’un homme à son activité hétérosexuelle.

J’ai écrit “Hétérosexuelle” parce que j’ai bien l’impression que quand on traite un mec de puceau, on n’a pas à l’esprit la possibilité qu’il soit gay, bi ou asexuel : on lui reproche de pas avoir volontairement mis son pénis dans un vagin. Et en glorifiant le statut de personne sexuellement active, on ignore aussi toutes les personnes qui n’ont pas choisi d’avoir leur premier rapport sexuel.

1-puceaux

Vous vous demandez peut-être ce qui me permet de me déclarer expert de la virginité masculine et la réponse tient en un mot : l’expérience. Alors que d’après l’INSEE la plupart d’entre vous n’a pratiqué la virginité que pendant 17-18 ans* en moyenne, j’ai pour ma part attendu 25 années bien tassées avant d’avoir mon premier rapport sexuel.

Je vous en parle avec décontraction aujourd’hui mais à l’époque, c’était pas quelque chose que je vivais très bien. Je traînais ça comme un secret honteux. J’avais le sentiment d’être un raté. Le monde entier semblait me dire qu’en cette période de ma vie j’aurais du enchaîner les coups d’un soir ou vivre des histoires d’amour passionnées. Chaque année qui passait et m’éloignait de cette moyenne de 17 ans était comme un poids en plus sur mes épaules.

Il n’y avait pour ainsi dire pas de représentation des gens comme moi, pour autant que je sache j’étais une anomalie extrêmement rare. Aujourd’hui encore, quand on s’intéresse aux hommes vierges de plus de 20 ans, c’est Elliot Rodger, le tueur d’Isla Vista, ou des types chelous dans des papiers graveleux de Vice. C’est les membres du forum 18-25 qu’on espère insulter.

Faute de représentation, je me voyais donc comme une aberration. J’avais l’impression que ça se lisait sur mon front et en même temps je faisais tout pour garder le secret. Je me disait que c’était trop tard, que tous les autres étaient déjà dépucelés et que moi, j’avais raté le train de la vie sexuelle et plus personne ne voudrait d’un freak comme moi.

Bien sûr comme souvent, ce sont les femmes qui supportent la charge émotionnelle qu’on n’est pas capable d’assumer nous, les hommes. Car depuis, j’ai osé aborder le sujet avec des femmes et j’ai du me rendre à l’évidence : elles sont nombreuses à avoir dépucelé des mecs de plus de 20 ans et bien au delà.  Les puceaux sont partout autour de nous, gardant généralement leur identité secrète.

Un truc que je n’ai jamais fait pendant toutes ces années de honte et de solitude, c’est blâmer les femmes pour ma situation. J’ose le dire : on peut être puceau et ne pas consacrer ses soirées au harcèlement des féministes sur internet.

2-macroniste

Alors oui, ami puceau, je sais que dans un monde qui juge que ça fait de toi un sous homme, ta situation n’est pas toujours facile à vivre. Et je peux concevoir qu’entendre une féministe parler de l’oppression masculine quand ta vie te semble pourrie, ça peut te sembler injuste. Peut-être aussi que tu crois en ce mythe misogyne qu’une femme qui souhaite perdre sa virginité n’a qu’à claquer des doigts (scoop : c’est pas si simple).
Mais ce système qu’elles dénoncent, c’est aussi celui qui te rend malheureux. Parce que le pire dans l’expérience du pucelage masculin, ce n’est pas le manque de sexe : c’est la honte. Le sentiment de ne pas être un vrai homme, un homme à la hauteur. Le mythe de la virilité. Crois-le ou non, avoir des rapports sexuels, en soit, ça peut être chouette (et ce ne sont pas les féministes qui t’en empêchent), mais ça ne fera pas de toi un “vrai homme”.

La virilité est un idéal que, par définition, nous ne pourrons jamais atteindre. Laisse tomber, on s’amuse beaucoup plus en cherchant sa propre forme de masculinité.

Mais je ne crois pas que tous ces types aux propos et aux actions misogynes sur les forums et ailleurs sont juste des “puceaux” et des “frustrés”. Tout comme parler de misère sexuelle pour justifier les viols, cet argument, si on le suit, pourrait nous mener à penser que le problème c’est les femmes qui disent non.

3-lol-un-puceau

Ne voir que des puceaux et des trolls là où il y a des hommes avec des idées rétrogrades et un plan d’action, c’est rassurant, ça dépolitise la question. Tout sera réglé dans quelques années une fois qu’ils auront pu mettre leur bite dans un vagin, semble-t-on croire. La réalité c’est qu’en couchant avec un puceau misogyne, tout ce que vous obtiendrez c’est un misogyne qui a eut un rapport sexuel.

Ces “trolls” que vous dénoncez sont peut-être puceaux, ou peut-être pas, on s’en fout. La “misère sexuelle” n’est pas une excuse. Statistiquement, les femmes sont bien moins satisfaites sexuellement que les hommes, pourtant elles ne sont pas misandres. Les kheys du 18-25 n’agissent pas comme ça juste parce qu’ils sont malheureux. Ils agissent ainsi parce qu’ils souhaitent maintenir le patriarcat et leur situation sociale dominante, quitte à rester malheureux.

Le mythe de la virginité féminine démonté par Sarah de Vicomte chez Barbieturix

Témoignages de puceaux (à lire avec un oeil critique) dans Libération

* Fun fact : pour ses chiffres sur l’âge des premiers rapports, l’INSEE semble n’avoir interrogé que des 18-24 ans.

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5 thoughts on “Le mythe de la virginité masculine

    1. L’gros… Je m’attendais à un tata de site dûe à un con qui comprends pas les sentiments humains à cause du nom du site. T’es le contraire de ce que je m’attendais a feuilleté rapidement. Je t’adore. T’es un bel example de ce que j’ai vécus jeune puis je t’aime. Tu me donnes le goût de sortir de ma misanthropy. Lâche pas, whoever you are. Aime, c’est pas mal plus beau.

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  1. Merci infiniment Cédric pour cette explication simple (mais pas simpliste) de la virginité chez l’homme et de tout ce que cela représente, notamment vis-à-vis de la société et des comportements. Je me suis totalement retrouvé dans nombre d’exemples que vous osez mettre en évidence et j’ai apprécié de vous entendre en parler sans tabous dans l’émission de Binge Studio.
    Je m’appelle Hugo, j’ai 22 ans et j’aime ce que vous faites !

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  2. 25 ans ça va encore, si vous en avez 40 ans on vous prend pour un fou ou un pieux, car “normalement” il y a au moins 36 moyens pour ne plus l’être. Heureusement que ça n’est pas tatoué sur le front et qu’on peut tenter de passer pour quelqu’un qui a eu peu d’expérience… En espérant que la personne en face a envie de se retrouver avec un “lycéen” au lit…

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