Sexe vs. Masculinités

*cet article a été significativement modifié en décembre 2017 (voir explication en commentaires)*

Si comme beaucoup d’entre nous votre éducation sexuelle s’est résumée à une ou deux heures de gêne en SVT et des centaines d’heures de porn sur internet, votre vie sexuelle aura été une série de découvertes et de désillusions (ou elle va l’être – big up à mes puceaux sûrs, on vous aime).

Prenez moi par exemple, dans ma lointaine jeunesse, j’ai eu une véritable révélation lors d’une conversation franche avec une amie à propos de son ex, un blogueur misogyne.

Elle : “Il m’a retourne dans toutes les positions pendant 45 minutes, à la fin j’avais juste hâte qu’il en finisse mais il voulait se prouver quelque chose”.
Moi, verbalement : “Ah oui le gros relou huhu”.
Moi, intérieurement : “Quoi ?! Il a tenu 45 minutes ! Mais on m’a toujours dit que c’était ça qu’on était censé faire !”

J’étais naïf et mal informé, et tout porte à croire que c’est le cas de beaucoup d’hommes encore aujourd’hui, donc on va revoir ensemble les bases du sexe avec les personnes à vulve. Dans la vulve il y a un truc qui s’appelle le vagin. On peut mettre des bites dedans et il peut en sortir des bébés ou des menstrues. On peut y mettre plein d’autres trucs aussi. C’est multi-fonction, un vagin, c’est formidable ! Mais la vulve, c’est aussi un autre organe, appelé le clitoris. Il a contrairement au vagin une fonction unique : le plaisir. Et si votre but c’est de donner du plaisir en tant que mec dans une relation hétéro, c’est vraiment votre meilleur pote.

Pour des raisons qu’on ne va pas détailler ici (la version courte : c’est à cause du patriarcat), on a décidé que l’acte sexuel véritable, celui qui plait à Dieu et à la Loi, c’est la pénétration du vagin par le pénis. Et le reste n’est, au mieux, que “préliminaires”. Et là j’ai presque envie d’être un youtubeur pour crier “FAUX” mais j’ai un peu de respect pour moi même.

Si vous vous apprêtez à avoir une relation sexuelle avec une femme cisgenre, le meilleur conseil que je peux vous donner, c’est de vous débarrasser de cette notion de préliminaire. La fellation, le cunnilingus, les caresses, la masturbation, la pénétration vaginale et anale, la fessée, se mordiller les oreilles et se sucer les orteils : c’est du sexe, pleinement et véritablement. Les préliminaires, c’est, je sais pas, se brosser les dents chez soi avant le rendez-vous ?

A ce stade, peut-être que vous soufflez en vous disant: “Ah, c’est cool, le Mecxpliqueur m’a révélé le secret ultime pour faire jouir une femme à tous les coups, je vais être un dieu au lit maintenant”. Alors d’abord, homme de paille, c’est super cool pour mon argument de faire comme ci tu n’avais jamais entendu parler du clitoris en 2017. Ensuite, désolé petit scarabée mais tu n’as pas encore atteint la véritay.

Eh oui, peut être que ta partenaire ne jouit pas malgré toute l’attention que tu portes à son clito. Peut-être qu’elle n’a pas tant que ça envie de sexe. Ou qu’elle a envie mais qu’elle n’est pas disposé.e pour une raison parmi de nombreuses possibles.

Dans notre société super libérée sur le cul et tout, le droit de jouir se transforme vite pour les femmes en l’injonction à jouir. Si tu ne jouis pas, si tu n’as pas envie tous les soirs, si tu n’as pas des pratiques suffisamment variées et acrobatiques, on va te dire que quelque chose va mal dans ton couple. Cette pression qu’on se met ignore qu’il y a des personnes asexuelles, ou demisexuelles, ou traumatisées. Elle ignore que le désir peut fluctuer. Et puis, avec une certaine ironie, cette pression peut elle même nuire au désir.

Côté masculin, ces injonctions peuvent aussi causer une baisse du désir, ou des “pannes”, et une grande honte parce que toute notre vie on nous a dit que nous sommes des êtres hypersexuels. Il y a aussi un culte de la “performance” qui se mesure montre en main. “Ta meuf doit jouir à chaque fois sinon tu n’es pas un homme”. “Tu dois la faire jouir plusieurs fois en fait”. “Comment, elle n’éjacule pas ? Tu dois pas savoir t’y prendre.”

Il faut arrêter de chercher à prouver nos masculinités au fond d’un vagin. C’est sûrement mieux de se préoccuper de la jouissance de nos partenaires que de ne se soucier que de la sienne. Mais faire porter le poids de notre validation en tant que mec à nos partenaires sexuels, ça n’est pas très cool non plus. En jugeant notre valeur dans leur plaisir, on leur met une pression terrible qui peut faire préférer des solutions qui vont de “pas cool” à “horribles” : ne pas avoir de rapport par peur de décevoir, simuler l’orgasme pour ne pas vexer son partenaire, avoir un rapport auquel on n’a pas pleinement consenti.

Le Mecxpliqueur essaie de donner des suggestions concrètes pour changer un peu les choses. Alors soyons plus concret que “désinvestissons notre masculinité de notre performance sexuelle”, ce qui va demander un gros travail sur nous même, une réflexion poussée et personnelle dont on ne peut se passer et que je compte sur vous pour mener chacun de votre côté.

Plus immédiatement, je vous suggère donc une discussion posée, planifiée, pour parler du sexe hors de la chambre, dans un moment où il est clair que ça ne va pas dégénérer en câlin, pour qu’il y ait le moins de pression possible. Parler de ce que vous ressentez, ce que vous aimez et n’aimez pas, ce que vous voudriez essayer. Si vous limitez ces discussions aux moments où vous êtes déjà à moitié nus et surexcités, le risque est grand que l’un de vous deux n’ose pas tout dire, ou prenne mal une remarque.
Peut-être aussi, si vous êtes en couple, qu’elle est trop fatiguée pour le sexe, parce que vous lui laissez tout le ménage, les courses et la charge mentale. Peut-être qu’elle a besoin de se sentir désirée et qu’il faut lui dire que vous l’aimez, que vous la trouvez belle… Ou peut-être qu’elle a besoin de moins de sentir comme un objet sexuel à chaque instant.
Il y a un super moyen de savoir ce qui se passe dans la tête des femmes, de percer le mystère féminin : demandez-leur. Peut-être que parfois elle simule, ou elle accepte un rapport sous la pression, et ce n’est pas facile à entendre mais c’est certainement encore moins facile à vivre. Parce que “accepter un rapport sous la pression”, “se forcer”, “ne pas pleinement consentir”, tout ça sont de doux euphémismes pour décrire un viol.

Parce que le problème numéro un du sexe dans un couple hétéro, c’est la pression qu’on met généralement sur les femmes. Les hommes hétérosexuels cis, à la fin, jouissent 9,7 fois sur 10. La vérité c’est que souvent on ne prend même pas tant que ça notre pied, qu’on baise 45 minutes avec des partenaires qui s’emmerdent ou qu’on jouisse en deux minutes avant de s’endormir sans avoir touché à leur clito. On ne sait pas ce que c’est d’avoir une vraie entente sexuelle. Ces plans culs sont nuls. On peut faire mieux.

A lire :

Les hommes voient l’orgasme féminin comme une preuve de leur virilité selon une étude citée par Maïa Mazaurette;

Quelques statistiques sur l’orgasme selon le genre, encore par Maïa ;

Clit’Info, un site plein de resources sur le clitoris par Odille Fillod;

Le documentaie d’Ovidie Pornocratie, pour y réfléchir à deux fois avant de retourner sur Youporn.

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11 thoughts on “Sexe vs. Masculinités

  1. Visiblement on a l’impression que l’homme est resté un con. Apres tt ces anneés pk il est nécessaires de rappeler des choses aussi évidentes? Comme le fait que la femme aie un cerveau par exemple. Ya pas de miracle quand a savoir faire jouir une femme. Faut déjà qu’elle se connaisse et une fois cette etape passée on peux laisser place à l’expérimentation. Voyez comme les vieux font des choses “bizarres”. Et bien sûr ceux sui font ça en egoiste… bah on empechera pas aux cons d’exister malheureusement.

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    1. Homme des cavernes : Pour info, il y a des hommes et des femmes qui naissent à chaque instant, des générations qui arrivent les unes après les autres dans ce monde… donc je ne comprends vraiment pas le “après toutes ces années..”. Tu n’es peut-être pas le public pour cet article, ça ne lui enlève pas sa nécessité ! 😉

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  2. “Personne à vulve” ? Ca vous ferait mal d’écrire “femme” ? :/
    Être réduite à ses appareils reproducteurs, ça fait “ouch”. Surtout d’un gars qui se veut, j’ai l’impression, +/—- anti-sexiste ?

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    1. Justement une femme n’a pas forcément une vulve.Donc personne a vulve c’est simplement pour dire qu’il existe des hommes avec une vulve et des femmes avec un pénis.Les personne trans par exemple.Donc non il ne réduis pas les femmes a des attribus sexuel.Vu qu’il parle de toute personne avec une vulve donc pas que des femmes.

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  3. Pour info : j’ai été pas mal critiqué pour cet article, d’abord par es personnes transphobes que j’ai préféré ignorer, ensuite par des personnes avec de vrais arguments. Utiliser le terme “personne à vulve”, c’était peut-être bien intentionné de ma part mais c’était assez bête, à vrai dire. C’est dépolitisant et ahistorique. Le patriarcat exerce depuis toujours sa domination sur les femmes, et il ne faut pas essayer d’oublier ça, et ma façon d’inclure les hommes trans dans cet article était mal venue parce qu’en les mettant dans le même panier que les femmes cis j’ai un peu fait comme s’il n’y avait pas de spécificité à leur situation.
    Bref, j’ai merdé là dessus, mais en m relisant je me suis aussi rendu compte que j’avais aussi utilisé des euphémismes en parlant du viol conjugal. Les mots ont un sens, et ne pas utiliser le mot “viol” était une erreur.

    J’ai aussi retiré un lien qu’on m’a demandé de retirer.

    Je doute que cet article soit parfait aujourd’hui mais j’espère qu’il est un peu mieux, merci à celles qui m’ont critiqué et ouvert les yeux sur les problèmes dans cet article.

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  4. Y a t-il une alternative si on n’aime pas parler, qu’on a pas vraiment le temps, qu’on est fauché, qu’on ne ressent de chose qu’avec son entrejambe et rien d’autre et qu’on aime lui faire faire des aller retour dans un réceptacle chaud et glissant ?
    Est-on obligé d’aimer faire plaisir aux autres avant soi-même ? On est pas tous des héros.

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    1. Il existe une solution pour les personnes qui veulent du sexe sans s’embêter avec tous les aspects relous des relations interpersonnelles (et qui pourrait vous en vouloir ?). On appelle ça la masturbation. Il y a plein de technique si vous avez un pénis, par exemple mettre des coquillettes tièdes dans un gant de toilettes, il parait que ça fait des merveilles.

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  5. L’article est bien, j’ajouterai juste que dans notre société phallocentrée au niveau sexuel on oublie rapidement que l’homme possède une prostate, organe suprême de la jouissance masculine pour peu qu’on s’amuse à la titiller régulièrement.
    Or, vu que la virilité se construit par exclusion elle a fini par considérer au fil de son évolution que de se faire tripoter l’anus -voir sodomiser- n’entrait pas dans les critères du bonhomme, le vrai, l’unique.
    Au même titre qu’il est intéressant de vraiment jouer avec le corps de sa partenaire et titiller ses zones les plus érogènes, il serait temps que ce genre de tabous disparaissent.

    Je passais par là pour prendre l’article et du coup j’vais apporter un petit correctif car une coquille c’est glissé.

    Le court animé sur le clitoris dit une grosse bêtise concernant sa sensibilité (concernant le fait que le gland du clitoris serait plus érogène que l’intégralité du pénis).

    En fait cette information est un dérivé d’un article sur internet de n’importe quel site, lui même étant un dérivé de ce qu’à écrit Natalie Angier en 1999 dans son livre “Woman: An intimate Geography”.
    Qui explique que le gland du clitoris aurait 8k terminaisons nerveuses et celui du pénis 4k (ensuite y a eu tout les raccourcis du gland du pénis = pénis).
    J’vais éviter de trop détailler mais les écrits de Natalie Angier se sont propagés comme une vraie traînée de poudre sans apporter de preuve scientifique -au point que quasiment tout les livres parlant du clitoris en parle aujourd’hui-.

    Il est vrai que le gland du clitoris est beaucoup plus érogène que le gland du pénis car il possède au moins 5 types de récepteurs sensoriels (peut être 6, mais le dernier fait débat sur ses capacités) avec une forte densité de récepteurs concentrés sur une petite zone.
    Là où le gland du pénis n’en a que 3 avec une faible concentration à part niveau de sa couronne donc gland clito>>>>gland pénis.

    L’erreur étant que le frein du pénis (frenulum) et sa bande striée (bande du prépuce) possèdent chacun 5 types de récepteurs sensoriels différents avec une forte concentration. En gros, contrairement aux idées reçues le gland n’est que la troisième zone érogène du pénis (sur quatre), derrière la bande striée et le frein.
    Je travail actuellement sur ce sujet depuis plusieurs mois, c’est pour ça que je suis bien renseigné.

    En fait, dans l’absolu on ne sait pas le nombre de terminaisons nerveuses de ces deux glands. Mais même dans une situation où le gland du clitoris aurait beaucoup moins de récepteurs sensoriels que celui du pénis, vu sa forte concentration sur une petite zone et sa diversité ça ne changerait rien à sa supériorité sensorielle (pareil pour la bande striée et le frein).

    Tout ce que tu as dis est très bien (et c’est pour ça que je vais l’utiliser) mais attention à la petite coquille comme source, c’est tellement répandu aujourd’hui qu’un nombre conséquent de personnes y croit et ça contribue à la non connaissance des organes génitaux y compris parfois parmi certains sexologues ( ce fut le cas d’une d’entre elle aux USA qui est pas mal connue jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’en fait bah…aucune preuve).

    Et malheureusement cette méconnaissance contribue aujourd’hui encore à supprimer le prépuce et le frein dans certaines traditions (religieuses, culturelles ou sociales) de l’enfant, bafouant à la fois son intégrité physique, la possibilité de disposer de son corps (et le fameux My Body, My Choice) ainsi qu’une partie des capacités sensorielles de son pénis.

    Voilà, ce fût un peu long, j’en suis désolé!

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    1. Merci beaucoup pour ce commentaire qui met plein de choses au clair. On voit effectivement cet intox circuler partout et je l’avais toujours prise pour argent comptant. En soi ça ne rend pas la vidéo inutile mais c’est dommage. Je vais essayer de trouver une autre référence.

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      1. J’ai moi-même longtemps pris cette information pour argent comptant.
        Mais vu que en ce moment je travail sur la circoncision et donc au bout d’un moment je devais attaquer l’aspect terminaisons nerveuses du prépuce.
        Du coup débunkage du mythe des 20.000 terminaisons nerveuses du prépuce avec les sources les plus récentes que j’ai trouvé ensuite bah…Faut comparer avec ce qu’on peut des organes sexuels et c’est à force de recherches que j’ai fini par tomber sur la source des fameuses 8k et 4K.

        Petit mea culpa vu que mon commentaire précédent a été réalisé tard dans la nuit.
        Il reste tout à fait possible que dans l’absolu le gland du clitoris soit plus érogène que l’intégralité du pénis frenulum et prépuce inclue (même si le fonctionnement sensoriel du prépuce est particulier et donc difficilement comparable car s’appuie sur son extension et sa rétraction).
        Du coup, voilà, voilà. Pas forcément la peine de trouver d’autres sources, juste une petite précision est suffisante car il semble difficile de trouver des sources de qualités qui parfois ne reprennent pas quelques mythes.

        En tout cas continue ton travail, vraiment.

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