Comment draguer une femme (sans être un relou)

On a tous en tête une certaine idée de comment la séduction hétérosexuelle doit se dérouler. On a appris ce scénario dans les films, à la télé, dans les livres, les magazines, parfois via les grands frères, les papas ou les youtubeurs. Parfois on a été jusqu’à faire un stage de séduction avec un “artiste de la drague” ou pick-up artist, (la lie de l’humanité, faudra que je fasse un article sur eux). Parfois on l’a même appris d’une femme.

En gros, ce que tout ce beau monde nous dit, c’est que nous, les hommes, on doit draguer les filles. La réciproque serait bizarre. Les filles, elles doivent résister. Dire non. Parce qu’elles sont pures et chastes et que nous sommes des héros téméraires partis à l’assaut de l’hymen et du consentement. C’est le début d’une parade nuptiale qui s’achèvera avec un mariage, des bébés et une super histoire à raconter aux petits enfants: “Au début elle m’a dit non mais j’ai insisté et insisté comme Romeo ou Han Solo, et j’étais si relou qu’elle a fini par céder”.

“Awwww papy, mais c’est du harcèlement” nous dirons nos petits enfants dans la société toute déconstruite du futur.

On a appris à s’attendre à ce que les femmes disent “non”, mais qu’au fond, sûrement, elles pensent oui. Ou qu’elles peuvent être persuadées par un grand geste romantique impliquant de leur courir après dans un aéroport, de leur faire livrer des fleurs, ou de leur envoyer des dick pics en DM – oui moi aussi ça m’intrigue. Nulle part on ne nous a appris à faire la différence entre séduction et harcèlement, entre une femme qui dit non et une femme qui dit “surprends-moi”.

On se retrouve donc dans une situation absurde, où des mecs désemparés draguent partout, tout le temps, souvent sans se faire eux-mêmes d’illusions sur leurs chances de succès. Ils abordent les filles dans la rue, dans les bars, partout. Parce qu’ils se disent qu’ils ont 0,01% de chance de tomber sur une fille qui apprécie et qu’ils se sentent donc obligés de multiplier les prises de contact. Sur internet ils copient-collent un message type “slt sa va tu es bonne” et l’envoient à mille femmes.

dickpic

On rigole bien mais le harcèlement quotidien, pour les femmes, c’est pas une réalité rigolote. Elles ne se sentent pas flattées par l’attention, contrairement à ce que certains croit. Et parce que nous ne comprenons pas quand on nous dit non, ça peut finir de manière violente, verbalement ou physiquement. Un viol, ça commence plus souvent comme une tentative de “drague un peu lourde” qu’avec un mec cagoulé qui se cache derrière un buisson.
Alors je vais vous demander de faire un truc : quand une fille repousse vos avances, laissez tomber. Même si vous pensez que peut-être ce “non” est un “oui” pudique, vous n’avez aucun moyen de le savoir. Refusez de jouer ce jeu.

Le truc très difficile à comprendre pour un mec, c’est que oui, si tu ne tentes pas ta chance, si tu n’insistes pas quand la fille ne semble pas intéressée, parfois tu vas rater une occasion. Sauf que peut-être – grande révélation – peut-être que c’est pas grave.
Il faut arrêter d’agir et de penser comme si les femmes étaient une ressource rare. Les femmes c’est pas du pétrole ou de l’héroïne. C’est pas l’Epice dans Dune.
En fait il y a à peu près autant de femmes que d’hommes sur Terre, et la grande majorité est hétérosexuelle et monogame. Si tu rates une chance, il t’en reste trois milliards.

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Peut-être que vous êtes en train de vous demander si vous êtes relou avec une femme et que vous avez honnêtement du mal à le savoir. J’ai une super technique pour vous, un vieux secret que les pick-up artists ignorent mais qui va faire beaucoup de bien à votre game : demandez à la femme ce qu’elle pense. Dites lui: “Arrête moi si je t’embête”, “si je suis relou, dis-le moi”, “Est-ce que tu es OK avec ça?”.

Si votre démarche lui parait bizarre, vous pouvez même lui envoyer cet article.

MAIS il reste une ultime épreuve à surmonter : certaines femmes ne vont pas vous dire clairement “non”. Fatiguées voire traumatisées par des mecs qui ont très mal réagit à un refus, elles préfèrent le silence, ou une formule polie. Si elle vous dit “merci mais je suis très occupée en ce moment”, ça ne veut pas forcément dire “réessaie dans dix minutes”. Même si elle a montré de l’intérêt à un moment, elle a le droit de changer d’avis.
Apprenez à reconnaître les signes d’un refus poli, vous ferez gagner du temps à tout le monde.

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Si malgré tous ces conseils vous avez encore des doutes, n’hésitez pas à envoyer vos histoires et vos screenshots à lemecxpliqueur@gmail.com.

Et puis je sais que j’avais promis de ne pas m’adresser qu’aux hétéros, donc je lance un appel à mes lecteurs gays : envoyez-moi un mail ou un DM, j’ai besoin de vos témoignages pour un prochain article sur la séduction entre mecs.

A lire:

Crêpe Georgette sur le mythe du “dragueur lourd” http://www.crepegeorgette.com/2016/05/09/dragueur-lourd/

Les raisons qui font que nous ne comprenons pas le consentement chez Cracked : http://www.cracked.com/blog/how-men-are-trained-to-think-sexual-assault-no-big-deal/

Paye Ton Reloud, le blog qui nous montre tout ce qu’il ne faut pas faire: https://paietonreloud.wordpress.com/

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7 thoughts on “Comment draguer une femme (sans être un relou)

  1. Sympa de généraliser avec le “nous” à l’ensemble de la caste “mâle”. Comme quoi les clichés ont la vie dure partout. Je ne nie pas que ce phénomène existe et qu’il faut lutter contre – mais c’est fatiguant ces pamphlets binaires et généralisateurs. La drague subtile et intelligente existe, bien accompagnée d’une acceptation du “non” tout à fait réelle. À creuser….

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    1. Ouais, mon premier commentaire “not all men”! Je vais répondre rapidement pour l’instant, ça mériterait sans doute tout un article. D’autres l’ont déjà fait de manière très éloquente mais le message a encore besoin d’être répété visiblement.
      Quand j’écris “nous”, je m’inclus car j’ai été élevé dans un patriarcat, avec certaines valeurs. Mes parents ont fait ce qu’ils pouvaient, je me comporte du mieux que je peux dans ma vie de tous les jours et j’essaie de faire mieux avec mon propre fils, mais ce serait bien naïf de croire que je vais tout seul, parce que je l’ai décidé, me libérer du jour au lendemain de tout ce que la société me répète depuis que je suis né: que les hommes doivent se comporter d’une certaine façon et pas d’une autre, que la séduction se passe selon un scénario immuable, etc… Tout ça nous affecte de façon plus ou moins évidente, qu’on le veuille ou non. Pour moi la subtilité est là, justement.

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  2. Coucou et merci pour tes articles !
    Je trouve aussi – en tant que femme – qu’une démarche de drague respectueuse commence par se présenter soi, proposer de donner SON numéro, par exemple… Car si la personne qui drague demande des renseignements sur la personne abordée, lui fait des compliments, etc. celle-ci peut se sentir agressée, peu importe le ton, par le caractère intrusif de la communication.
    Si on commence par donner ses propres informations, la personne draguée est libre de refuser, de dire qu’elle n’est pas intéressée, etc. Ce sera plus facile d’opposer un “non” franc au besoin, et donc plus agréable pour tout le monde !

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  3. Yep ! Merci, ça fait du bien de te lire parce-que t’écris simplement et clairement.
    À l’âge de 18 ans, lors d’une soirée j’ai embrassé une fille de force. Quelques secondes, ce que d’un autre temps on appelait un baisé volé et qui n’est autre qu’un acte de violence.
    Je sais pas de quand date la prise de conscience, je pense qu’à l’époque je savais déjà un tas de trucs sur le patriarcat, la domination, ça m’a pas empêché d’être un connard.

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    1. Il y a malheureusement un monde entre comprendre la domination masculine et changer nos comportements (ce qui de toute façon ne serait pas suffisant, la solution à un problème systémique ne pouvant être individuelle).
      C’est quelque chose que j’essaie de garder à l’esprit quand j’écris : nous faisons partie du problème, nous les hommes, aussi bien intentionné soyons nous.

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      1. Oui, c’est un leurre de croire changer la société par la transformation individuelle. C’est le discours libéral à la con que nous sert tous les chantres du développement personnel. C’est donc qu un début que d’essayer de comprendre les mécanismes de dominations et d’éviter de s’y complaire. Ensuite on s’organise collectivement et donc politiquement (je parle pas des partis mais du sens premier) pour transformer le monde. Mais face à la vague de la petite solution individuelle, du petit coin de paradis, où ne compte que son confort, son régime alimentaire “gluten free” et son transit intestinal, on est mal barré. Tas qu’à voir tout ce délire autour des vaccins à l’heure de la constitutionalisation de l’état d’urgence et de la loi “Travaille!”

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